TL;DR
- Un hackathon de soirée en mode Vibes Coding (zéro exigence de qualité de code) est un excellent format pour ancrer les apprentissages après une formation sur les agents IA
- Format testé : 3 équipes de 3, 2 heures chrono, thèmes absurdes + contraintes tirées au sort, pause pizza, puis démos de 5 minutes
- Les études montrent que les hackathons accélèrent l’adoption des outils IA 3x plus vite que les formations classiques, avec 87 % de satisfaction
- L’impact sur la cohésion d’équipe est au moins aussi important que l’impact technique
Il est 19h15, on est neuf devant nos laptops dans un salon, et quelqu’un vient de tirer au sort “Airbnb pour nids d’oiseaux” avec la contrainte “doit inclure un mini-jeu jouable”. Le timer affiche 2:00:00. Go.
Mais je prends un peu d’avance sur l’histoire. Rembobinons.
La semaine dernière, on était en séminaire avec mon équipe de dev. Le genre de semaine où tu alternes entre discussions sur la roadmap, points sur les projets en cours, et débats enflammés sur les prochaines features à implémenter dans le produit.
Mais cette fois, on avait prévu quelque chose de différent : deux demi-journées complètes dédiées à l’approfondissement et à la standardisation de nos pratiques avec les agents de code. En l’occurrence, Claude Code.
L’objectif était clair : partager nos usages au sein de l’équipe, uniformiser notre manière de travailler avec le codage agentique, et mettre en place un écosystème d’outils communs. Outils en ligne de commande, serveurs MCP, et surtout la création d’une marketplace interne de plugins pour Claude Code, un système permettant de se partager, versionner et standardiser nos skills d’équipe.
Mais ce n’est pas le sujet de cet article.
Ce qui m’a marqué, et ce que je veux partager ici, c’est ce qu’on a fait après ces ateliers.
L’idée : mettre en pratique, tout de suite, en s’amusant
Une fois les sessions de formation terminées, on s’est posé une question simple : comment s’assurer que tout le monde repart avec ces connaissances ancrées dans les doigts, pas juste dans la tête ?
La réponse était évidente : un hackathon.
Pas un hackathon corporate avec des slides PowerPoint et un jury en costume. Un hackathon de soirée, décontracté, dans la maison où on était réunis pour la semaine. Pas d’enjeu business. Juste l’envie de construire un truc, ensemble, et de rigoler en le faisant. Je voyais bien que l’énergie était là après les ateliers, que les gens avaient envie de toucher du code plutôt que de continuer à en parler.
Et surtout, une consigne claire : coder en mode Vibes Coding.
C’est quoi le Vibes Coding ?
Le terme vient d’un tweet d’Andrej Karpathy (ex-OpenAI, ex-Tesla) qui décrit un style de programmation où tu te laisses porter par la vibe, tu lâches prise sur la qualité du code, et tu laisses l’IA générer à fond. Tu ne lis même pas vraiment le code produit. Tu acceptes les diffs à l’aveugle. Tu corriges les erreurs en les copiant-collant dans le prompt. Et si ça marche, ça marche.
C’est l’exact opposé de ce que je préconise au quotidien dans mon article sur les bons et les mauvais devs. En production, la rigueur architecturale est non négociable. Les tests, la code review, les principes SOLID, tout ça reste indispensable.
Mais pour un hackathon de soirée ? La qualité du code n’est pas un critère d’évaluation. Ce qui compte, c’est de shipper. Et c’est exactement pour ça que le Vibes Coding prend tout son sens dans ce contexte.
Les règles du jeu
Format
- 3 équipes de 3 développeurs
- 1 expert Claude Code minimum par équipe (quelqu’un qui maîtrisait déjà bien l’outil)
- 2 heures chrono pour coder (19h15 - 21h15), puis pause pizza bien méritée et présentations à 22h
Tirage au sort
Chaque équipe tirait au sort une thématique et une contrainte via une roue de la fortune animée (oui, on a aussi codé ça avec Claude Code, j’y reviens).
Les thématiques (100% absurdes, évidemment) :
| Thématique | |
|---|---|
| 🪺 | Airbnb pour nids d’oiseaux |
| 🦆 | Uber Eats pour nourrir les canards du parc |
| 🐿️ | Deliveroo mais pour les écureuils |
| 🌱 | Tinder pour plantes d’appartement |
| 🪑 | Strava mais pour les trajets en chaise de bureau |
| 🚽 | Tripadvisor pour les toilettes publiques |
| 😴 | Booking pour places de sieste au bureau |
| 🏃 | Waze pour éviter les collègues dans les couloirs |
| 🐜 | App de covoiturage pour fourmis |
| 🤷 | Vinted pour vendre les excuses qu’on n’a jamais utilisées |
Les contraintes (pour pimenter le tout) :
- Doit être une CLI (pas d’interface graphique)
- Doit utiliser la webcam
- L’UI est uniquement composée d’émojis
- Doit tenir en un seul fichier
- Doit fonctionner en mode hors-ligne
- Doit inclure un mini-jeu jouable
- L’app doit être utilisable par un enfant de 5 ans
- L’app doit avoir une mascotte animée qui réagit aux actions
- Doit utiliser la géolocalisation
- L’app doit envoyer une notification physique (vibration, flash LED)
Livrables
Après les 2 heures de code et la pause pizza : une présentation de 5 minutes par équipe incluant une démo fonctionnelle du produit. Pas de slides obligatoires, juste montrer ce qu’on a construit.
Évaluation
Et là, ça devient drôle. Les équipes s’évaluaient entre elles (pas la sienne) sur 6 critères, avec un budget de 100 points à répartir :
- La présentation : clarté et storytelling
- La réalisation technique : ça marche, c’est propre (enfin… “propre”)
- Le respect de la contrainte : bien intégrée dans le projet
- Le facteur WTF / LOL : l’absurde et le drôle
- “J’aurais voulu être dans cette équipe” : l’originalité pure
- Meilleur crash en live : le plus beau fail pendant la démo
Oui, on récompensait les crashes en live. Parce qu’un hackathon sans bug spectaculaire, c’est un hackathon raté.
Ce que la roue a donné
La roue de la fortune a parlé. Voici ce que chaque équipe a récupéré :
- 🪺 Airbnb pour nids d’oiseaux + doit inclure un mini-jeu jouable
- 😴 Booking pour places de sieste au bureau + l’app doit avoir une mascotte animée qui réagit aux actions
- 🐿️ Deliveroo mais pour les écureuils + doit utiliser la géolocalisation
Pendant les 2 heures
Ce qui m’a surpris, c’est le sérieux. Pas le sérieux ennuyeux, le sérieux concentré. Les équipes étaient étonnamment studieuses. Naturellement, elles ont confié la partie code à l’équipier ou l’équipière la moins à l’aise avec les outils, pour que cette personne monte en compétence en conditions réelles. Des retours que j’ai eus, au moins deux équipes sur trois ont consacré une bonne demi-heure à la réflexion sur les spécifications et les fonctionnalités avant même de lancer l’agent de code.
On a bien eu quelques fauteurs de troubles qui sont venus tenter de déstabiliser les équipes adverses, mais tout ça dans une ambiance absolument incroyable de bonne humeur et d’humour.
Et le grand gagnant ? Les écureuils. Haut la main. Le niveau de WTF de l’app et de la présentation était au sommet. Un fourre-tout absolu de n’importe quoi, avec une UI/UX absolument improbable. J’en ai encore des courbatures aux abdos. Le genre de démo où tu ne sais pas si tu pleures de rire ou d’effroi devant ce qui s’affiche à l’écran, mais tu votes quand même à fond.
La méta : on a codé l’app du hackathon avec Claude Code
Un détail qui vaut le détour : pour gérer le hackathon lui-même, on avait besoin d’un outil. Inscription des participants, génération des équipes, roue de la fortune pour les tirages au sort, timer visible par tous, système de vote, podium animé avec confettis…
J’aurais pu bricoler un Google Form et un chronomètre sur le téléphone. Mais bon, on est devs. Alors j’ai codé l’application complète avec Claude Code dans le TGV en route vers le lieu du séminaire. Une heure et demie de trajet. Sur des technos que je n’utilise pas au quotidien : Next.js, React, SQLite, Framer Motion. Le résultat : une app avec du temps réel via Server-Sent Events, un QR code pour l’inscription mobile, la prise de selfie par webcam, et des animations pour la roue de la fortune et la révélation du podium.
~3 700 lignes de code. En une heure et demie. Sur une stack que je ne maîtrise pas. Quand j’ai refermé le laptop en arrivant en gare, j’avais un doute. Et pourtant, le jour du hackathon, ça a fonctionné du premier coup. C’est probablement la meilleure illustration de ce que le Vibes Coding permet quand le contexte s’y prête : pas besoin d’être expert d’une techno pour livrer un produit fonctionnel, il suffit de savoir ce qu’on veut et de laisser l’agent faire le reste.
Ce que le Vibes Coding révèle sur une équipe
Au-delà du fun (et il y en a eu beaucoup), cette soirée a mis en lumière plusieurs choses que je n’avais pas anticipées.
1. La désinhibition technique
Beaucoup de devs dans l’équipe utilisaient déjà Claude Code au quotidien, mais avec prudence. Ils relisaient chaque diff, testaient chaque changement, validaient chaque architecture. C’est exactement ce qu’il faut faire en production.
Mais le hackathon leur a donné la permission de lâcher prise. De voir jusqu’où l’agent pouvait aller seul. De lui faire confiance à 100%, juste pour voir. Et cette expérience, même dans un cadre non-professionnel, change la perception de l’outil.
Plusieurs collègues m’ont dit après coup : “Je n’imaginais pas qu’on pouvait aller aussi loin aussi vite.” Et honnêtement, même moi qui utilise Claude Code tous les jours, j’ai été surpris par ce que certaines équipes ont réussi à sortir en 2 heures.
2. L’apprentissage par l’échec accéléré
En 2 heures, chaque équipe a rencontré des dizaines de problèmes. Des prompts mal formulés, des hallucinations de l’IA, des bugs en cascade, des architectures bancales. Et à chaque fois, la résolution était immédiate : on reformule, on relance, on essaie autrement.
C’est exactement ce que je décris dans mon article sur la formation des juniors : l’IA compresse les cycles de feedback. En 2 heures de hackathon, une équipe traverse plus d’itérations qu’au cours d’une semaine entière de développement classique.
La recherche académique confirme cette intuition. Une étude de 2025 montre que les hackathons développent massivement les soft skills : 85,7 % des participants évaluent l’impact sur la créativité et l’innovation à 6 ou 7 sur 7, et 86,1 % font de même pour la collaboration et le travail d’équipe. Le cadre du hackathon crée les conditions idéales décrites par la théorie de l’autodétermination : autonomie, sentiment de compétence, et appartenance.
3. L’alignement humain
Un séminaire, c’est aussi (surtout ?) un moment de rencontre. Et rien ne soude une équipe comme un défi partagé sous pression temporelle avec des thèmes ridicules.
Quand tu codes un “Deliveroo pour écureuils” avec une contrainte de géolocalisation à 20h30 avec deux collègues et un agent IA, tu crées des souvenirs. Et ces souvenirs deviennent des références communes, des private jokes, du liant social qui se retrouve dans les standup du lundi matin.
Une revue systématique de 87 articles confirme que les hackathons renforcent les liens entre collaborateurs, brisent les silos entre départements, et que les équipes mixtes (expérience variée) produisent de meilleurs résultats. La taille optimale ? 3 à 6 membres par équipe.
L’idée n’est d’ailleurs pas nouvelle : McKinsey décrit les hackathons internes comme un outil de “changement de mentalité organisationnel”. Chez Meta, plusieurs produits iconiques sont nés de hackathons internes, dont le bouton Like, la Timeline et le Chat. Microsoft organise chaque année le plus grand hackathon privé au monde avec plus de 70 000 participants.
L’impact sur la cohésion d’équipe est au moins aussi important que l’impact sur les compétences techniques.
4. L’adoption accélérée des outils IA
Ce point mérite d’être souligné. Weathernews a organisé en 2025 un hackathon IA interne auquel 80 % de ses employés (dont une majorité de non-ingénieurs) ont participé. Résultat : 180+ idées générées, et 40 % des participants estiment pouvoir implémenter les idées dans leur travail quotidien. En France, 73 % des PME ayant organisé un hackathon ou une masterclass IA constatent une adoption 3 fois plus rapide que les formations classiques, avec un taux de satisfaction de 87 % contre 54 % pour les formations traditionnelles.
Un hackathon ne forme pas seulement aux outils. Il crée le déclic qui transforme un utilisateur hésitant en utilisateur convaincu.
Comment reproduire ça chez vous
Si l’idée vous tente, voici les ingrédients clés pour organiser un hackathon Vibes Coding dans votre équipe.
Les prérequis
- Au moins 6 personnes (2 équipes de 3 minimum)
- Un expert de l’outil IA par équipe, quelqu’un qui peut débloquer les autres
- Un cadre détendu : ça ne marche pas un mardi après-midi entre deux réunions
- Aucun enjeu business : le code produit ne partira jamais en prod
Le format
- Durée : 2 heures de code, c’est amplement suffisant avec un agent IA. Prévoyez une pause (pizza, ce que vous voulez) avant les présentations
- Équipes de 3 : assez pour se répartir le travail, pas trop pour que tout le monde code
- Tirage au sort : des thèmes absurdes et des contraintes techniques. L’absurde est important, ça désamorce la pression et ça libère la créativité
- Livrable clair : une démo qui fonctionne. Pas du code propre, pas des tests, pas de la doc. Juste un truc qui tourne
L’évaluation
Rendez-la fun. Nos critères incluaient “meilleur crash en live” et “facteur WTF”. C’est volontaire : ça envoie le message que l’échec fait partie du jeu. Et ça déculpabilise ceux dont le projet explose en démo.
La consigne cruciale
Vibes Coding only. La qualité du code n’est pas un critère. Dites-le explicitement. Répétez-le. Parce que sinon, les réflexes professionnels reprennent le dessus et les équipes passent 2 heures à configurer ESLint au lieu de shipper.
Le Vibes Coding a sa place (mais pas partout)
Je tiens à être clair : je ne suis pas en train de dire que le Vibes Coding est une bonne pratique de développement. Je maintiens tout ce que j’ai écrit sur la rigueur architecturale, les tests, la code review. En production, l’IA est un amplificateur : Garbage In, Garbage Out.
Mais le Vibes Coding a sa place bien définie :
- Prototypage : valider une idée en 30 minutes avant d’investir des jours de dev
- Hackathons : le contexte parfait pour explorer les limites d’un outil
- Formation : rien de tel pour apprendre les forces et faiblesses d’un agent IA que de le pousser dans ses retranchements
- Fun : parfois, coder juste pour le plaisir de coder, sans pression, ça fait du bien
Le danger, c’est de confondre les contextes. Le Vibes Coding en hackathon, c’est libérateur. Le Vibes Coding en production, c’est une bombe à retardement.
Conclusion
On est repartis de ce séminaire avec plus que des slides et des comptes-rendus de réunion.
On est repartis avec un écosystème d’outils partagés, des pratiques alignées, et surtout des souvenirs communs de soirée où on a codé un “Deliveroo pour écureuils” en mode full agent IA. Et je peux vous dire qu’une semaine après, on en parle encore dans le Zoom de l’équipe.
Mais au-delà des souvenirs, l’impact concret est mesurable. Dès les jours qui ont suivi, j’ai constaté une adoption de la marketplace de skills internes, une appropriation plus grande de nos workflows de développement agentique, et surtout un partage beaucoup plus fluide de la manière de travailler avec ces outils. Ce qu’on avait déjà mesuré depuis l’adoption de Claude Code par une partie de l’équipe se confirme : une augmentation massive de la production de code, sans régression. Parce que chez nous, l’adoption des agents de code est allée de pair avec l’augmentation de l’exigence, notamment sur les tests. On a eu très tôt la conviction que l’un ne pouvait aller sans l’autre.
Si vous cherchez un moyen concret de faire monter votre équipe en compétences sur les agents de code tout en renforçant la cohésion, je ne peux que recommander ce format. C’est simple à organiser, ça ne coûte quasiment rien, et le retour sur investissement, technique et humain, est énorme.
Alors la prochaine fois que vous organisez un séminaire d’équipe, prévoyez une soirée hackathon.
Choisissez des thèmes absurdes.
Tirez des contraintes au sort.
Lancez le timer.
Et laissez les vibes faire le reste.
Sources
Études et publications académiques
- Hack your organizational innovation: literature review and integrative model for running hackathons (Springer, 2023) : revue systématique de 87 articles sur les hackathons en entreprise
- Embracing Experiential Learning: Hackathons as an Educational Strategy for Shaping Soft Skills (arXiv, 2025) : 85,7 % d’impact sur créativité/innovation, 86,1 % sur collaboration
- How do we learn in and from Hackathons? A systematic literature review (Springer, 2024) : revue systématique sur l’apprentissage dans les hackathons
Retours d’expérience entreprises
- Demystifying the hackathon (McKinsey Digital) : les hackathons comme outil de transformation culturelle
- Stay Focused and Keep Hacking (Meta Engineering) : produits nés de hackathons internes (Like, Timeline, Chat)
- Microsoft Global Hackathon 2024 : 70 000+ participants, 20 000+ projets
- 80% of Employees Participate in AI Hackathon (Weathernews, 2025) : hackathon IA avec 900 employés, 180+ idées
- Masterclass IA Entreprise : 7 Formats Innovants 2025 : adoption IA 3x plus rapide via hackathons en France
Cet article a été rédigé avec l’aide de Claude Opus 4.6 (1M de contexte), parce que oui, même pour écrire un article sur le Vibes Coding, on pratique ce qu’on prêche (avec BEAUCOUP de relecture quand même).
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