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title: "La tech bascule dans le fascisme"
excerpt: "Le créateur de Rails a écrit que l'immigration était une catastrophe pour l'Europe. Je lui ai dit de fermer sa grande bouche, et j'ai passé la soirée à bloquer des racistes. Ce billet, c'est ce que j'ai compris en creusant."
publishDate: 2026-10-19T00:00:00.000Z
tags: ["opinion", "technofascisme", "tech", "politique", "extreme-droite"]
canonical: "https://yoandev.co/la-tech-bascule-dans-le-fascisme"
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> **Cet article a un compagnon : [Follow the Stack](https://yoanbernabeu.github.io/followthestack/).** Un outil open source qui vous montre qui est derrière les outils de votre stack, et ce qu'ils ont dit ou fait, sources à l'appui. Les faits de ce billet l'alimentent, et sa base m'a servi à écrire ce billet. Vous trouvez un fait qui manque ? [Proposez-le](https://yoanbernabeu.github.io/followthestack/contribute/), avec une source sérieuse.

Le 18 octobre 2026, David Heinemeier Hansson a publié ceci sur X :

> « *Mass immigration has been a catastrophe for Europe. There is no issue more urgent before the continent than to correct this mistake.* »
> (« L'immigration de masse a été une catastrophe pour l'Europe. Il n'y a pas de problème plus urgent pour le continent que de corriger cette erreur. ») [Source](https://x.com/dhh/status/2111638580229439730)

Si vous ne le connaissez pas, DHH, c'est le créateur de Ruby on Rails. Le framework derrière GitHub, Shopify, Basecamp et des milliers d'applications. Un mec dont des générations de développeurs ont lu les billets, regardé les conférences, utilisé les outils. Moi le premier.

Je lui ai répondu : « [Mais ferme bien ta grande bouche.](https://x.com/yOyO38/status/2111760170829177341) Les influenceurs tech en 2026, c'est quoi l'idée ? Sombrer à pieds joints dans le caca ? »

Et là, je ne m'attendais pas à ça. Pendant des heures, une vague de comptes est venue défendre DHH et m'expliquer ce qu'il fallait penser de l'immigration. Des racistes décomplexés, des fachos à deux balles. J'en ai bloqué tellement que j'ai arrêté de compter.

Un petit florilège, tel quel, orthographe comprise :

> « Ftg fdp tout le monde en marre des africains à part les gros suceurs dans ton genre »

> « Bloque-moi, tête de cuck »

> « Le gars est le nez dans le caca, son pays se fait humiliée depuis des années. Et comme un bon collabo, il critique ceux qui osent décrire ce qu il voit. »

> « Naziiiii fachoooooo 😡😭 »

> « Il a factuellement raison. L'immigration "massive" est une catastrophe, pas l'immigration en elle-même. »

Relisez-les deux minutes, parce que tout ce dont je vais parler dans ce billet est déjà là. Le racisme sans filtre contre « les Africains ». L'insulte homophobe. « *Cuck* », un mot venu de la manosphère américaine pour traiter de « cocu » un homme jugé pas assez viril. Le pays « humilié » qu'il faudrait venger. L'inversion, où c'est moi le « collabo ». La moquerie du mot « facho », pour qu'on n'ose plus l'employer. Et la version polie, celle qui trie entre la bonne immigration et la « massive ».

Je ne vous raconte pas ça pour me plaindre d'une soirée pourrie sur X. Je vous le raconte parce que cette soirée dit quelque chose. **Un des développeurs les plus influents au monde reprend mot pour mot le discours de l'extrême droite. Et la plateforme où il le fait lui envoie aussitôt une meute en renfort.** Ce n'est pas un hasard.

## Ce n'est pas un dérapage

DHH n'en est pas à son coup d'essai. En septembre 2025, deux jours après une grande marche d'extrême droite organisée à Londres par l'activiste Tommy Robinson, il publiait un billet intitulé [« *As I remember London* »](https://world.hey.com/dhh/as-i-remember-london-e7d38e64) (« Le Londres dont je me souviens »). Il y regrettait que la ville ne soit plus « *full of native Brits* » (« remplie de Britanniques de souche »), trouvait « *heartwarming* » (« réconfortant ») le spectacle des drapeaux brandis pendant la marche et concluait : « *Britain will be back* » (« La Grande-Bretagne va revenir »).

Les « Britanniques de souche ». La nostalgie d'un pays « d'avant ». La promesse d'un retour. On connaît la chanson.

Et DHH n'est que le dernier en date.

Le 20 janvier 2025, à l'investiture de Donald Trump, les meilleures places, juste derrière la famille du président, étaient pour Elon Musk, Jeff Bezos, Mark Zuckerberg et Sundar Pichai, devant les futurs ministres. Pendant ce temps, plusieurs gouverneurs républicains, dont Ron DeSantis, regardaient la cérémonie depuis une salle annexe ([Euronews](https://www.euronews.com/next/2025/01/18/donald-trumps-inauguration-which-tech-leaders-will-be-attending-and-who-will-skip-it), [The Hill](https://digital-release.kxan.com/?p=2562202)). Les patrons de la tech avant le gouvernement. Quelques heures plus tard, sur une scène de Washington, Musk tendait le bras droit, deux fois, paume vers le bas, face à la foule ([Reuters via Arab News](https://www.arabnews.com/node/2587193/world)).

Un an plus tard, en janvier 2026, le même Musk répondait « 100% » à un message affirmant que « *Remigration is a moderate position* » (« La remigration est une position modérée »). La même semaine, il relayait avec un « 100 » approbateur un autre message : « *White solidarity is the only way to survive* » (« La solidarité blanche est le seul moyen de survivre ») ([Jewish News](https://www.jewishnews.co.uk/elon-musk-condemned-after-sharing-white-nationalist-tweets-again/), [Mediaite via Yahoo](https://www.yahoo.com/news/articles/elon-musk-shares-endorses-shocking-135459388.html)).

Remigration. Solidarité blanche. Ça ne sort pas d'un forum obscur. Ça sort de l'homme le plus riche du monde, propriétaire du réseau où je me suis fait tomber dessus.

Alors je repose ma question, en plus large : **la tech, en 2026, c'est quoi l'idée ?**

## Le mot est juste

Je sais ce qu'on va me dire. « Fasciste », c'est un mot qu'on balance à tort et à travers. Point Godwin. Tu exagères.

Sauf que le fascisme, ce n'est pas une insulte. C'est un phénomène historique que les historiens étudient depuis cent ans. Ils ont des critères. Et quand on les prend un par un, ce qui se passe en haut de la tech, ce n'est plus de l'exagération. C'est un constat.

En résumant beaucoup, voici ce que disent les spécialistes :

- L'historien **Robert Paxton** explique que le fascisme se reconnaît moins à une doctrine qu'à des émotions qu'il attise : le sentiment que le pays est en crise, que « notre » groupe est la victime, que des étrangers et des ennemis de l'intérieur le menacent, qu'il faut un chef au-dessus des lois, et que la violence est légitime. Il montre aussi que le fascisme n'a jamais pris le pouvoir seul : il y a toujours été aidé par des élites qui pensaient pouvoir s'en servir.
- L'écrivain **Umberto Eco** en a listé les signes : la peur de la différence, l'obsession du complot, l'idée que contredire, c'est trahir, le culte de la virilité, et le chef qui parle « au nom du peuple » contre les parlements.
- L'historien **Roger Griffin** le résume en une idée : la promesse de faire « renaître » une nation qu'on dit en déclin. *Make America Great Again. Britain will be back.*

Maintenant, les faits.

**La crise et la violence.** Le 4 août 2024, pendant des émeutes anti-migrants et antimusulmanes au Royaume-Uni, Elon Musk écrit : « *Civil war is inevitable* » (« La guerre civile est inévitable ») ([Bloomberg via Fortune](https://fortune.com/europe/2024/08/05/british-pm-calls-out-elon-musk-over-his-claim-civil-war-is-inevitable-in-the-u-k)). Le 13 septembre 2025, en vidéo devant 110 000 à 150 000 personnes (selon la police) réunies par Tommy Robinson à Londres, il lance : « *Whether you choose violence or not, violence is coming to you. You either fight back or you die* » (« Que vous choisissiez la violence ou non, la violence vient à vous. Soit vous ripostez, soit vous mourez »). Et il appelle à dissoudre le Parlement britannique ([AP via PBS](https://www.pbs.org/newshour/world/british-politicians-condemn-elon-musks-dangerous-comments-at-anti-immigration-rally), [LBC](https://www.lbc.co.uk/politics/uk-politics/elon-musk-keir-starmer-tommy-robinson-far-right/), [Full Fact](https://fullfact.org/crime/no-evidence-70-per-cent-arrests-unite-the-kingdom-march-counterprotesters/)). Le pays en crise, la violence comme réponse, le mépris des élus : trois critères en deux phrases.

**La victime et le complot.** Le 15 novembre 2023, quelqu'un sur X accuse les communautés juives d'attiser la haine « contre les Blancs ». Musk répond : « *You have said the actual truth* » (« Tu as dit l'exacte vérité ») ([NBC News](https://www.nbcnews.com/politics/white-house/white-house-condemns-elon-musk-post-x-supported-antisemitic-claim-rcna125709), [TechCrunch](https://techcrunch.com/2023/11/17/elon-musk-x-antisemitic-conspiracy-theory-actual-truth)). Le Blanc victime, le Juif qui tire les ficelles. C'est la logique même de la théorie du « grand remplacement ».

**La nation à « purifier ».** Le 25 janvier 2025, en vidéo devant un meeting du parti d'extrême droite allemand AfD à Halle, Musk explique qu'il y a « *too much focus on past guilt* » (« trop d'attention portée à la culpabilité du passé ») ([JTA](https://www.jta.org/2025/01/25/global/elon-musk-to-far-right-german-political-party-there-is-too-much-focus-on-past-guilt)). En Allemagne. Au sujet du passé. Ajoutez la « remigration » et la « solidarité blanche », et vous avez la nation qui doit « renaître » en se débarrassant de sa mémoire et de ses étrangers.

**Les symboles.** Le bras tendu du 20 janvier 2025, deux fois. Trois jours plus tard, une série de blagues sur les nazis, du genre « *Don't say Hess to Nazi accusations* » (un jeu de mots sur Rudolf Hess, bras droit d'Hitler). Même le patron de l'ADL, la grande organisation américaine de lutte contre l'antisémitisme, qui avait d'abord défendu Musk, les a jugées « *inappropriate and offensive* » (« déplacées et offensantes »), et l'ADL a dénoncé des blagues qui banalisent la Shoah ([Axios](https://www.axios.com/2025/01/23/elon-musk-nazi-joke-adl), [The Hill via Yahoo](https://www.yahoo.com/news/adl-had-defended-musk-takes-215625907.html)). Aucune excuse.

**Le mépris de la démocratie.** Là, c'est Peter Thiel qui a la phrase la plus claire. Cofondateur de PayPal et de Palantir, premier investisseur extérieur de Facebook, il écrit en avril 2009 : « *I no longer believe that freedom and democracy are compatible* » (« Je ne crois plus que la liberté et la démocratie soient compatibles ») ([Cato Unbound](https://www.cato-unbound.org/2009/04/13/peter-thiel/education-libertarian/)).

Ce n'est pas une phrase sortie de son contexte. C'est un programme. Depuis, Thiel a :

- financé les entreprises de Curtis Yarvin, un blogueur qui veut remplacer la démocratie par un « PDG-monarque », autrement dit un dictateur ;
- versé au total 15 millions de dollars à un super PAC pour faire élire J.D. Vance au Sénat en 2022 ([Politico](https://www.politico.com/news/2022/05/04/peter-thiel-jd-vance-ohio-senate-00030071)), Vance qui est aujourd'hui vice-président des États-Unis ;
- et son entreprise, Palantir, a signé en avril 2025 un contrat de près de 30 millions de dollars avec la police américaine de l'immigration pour « ImmigrationOS », un logiciel qui sert à repérer, arrêter et suivre les personnes à expulser ([Business Insider](https://www.businessinsider.com/ice-palantir-new-technology-30-million-visa-overstays-self-deportation-2025-4)).

Un rejet assumé de la démocratie. Un théoricien de la dictature financé. Un vice-président fabriqué. Une machine à expulser. Si ça ne coche pas les cases, je ne sais pas ce qu'il vous faut.

Et le mot n'est même pas nouveau. Dès les années 1990, des journalistes de la Silicon Valley comme Paulina Borsook parlaient déjà de « technofascisme ». En 2023, Marc Andreessen, un des investisseurs les plus puissants de la planète, publiait son « manifeste techno-optimiste » et y citait parmi ses « saints patrons » Filippo Tommaso Marinetti, un des fondateurs du fascisme italien. Quand ils revendiquent eux-mêmes l'héritage, on peut arrêter de prendre des pincettes.

Je ne suis pas le seul à le dire. En France, Nastasia Hadjadji et Olivier Tesquet l'ont documenté dans leur livre *Apocalypse Nerds* ([Reporterre](https://reporterre.net/Apocalypse-nerds-un-livre-pour-contrer-Elon-Musk-et-Jeff-Bezos)). Irénée Régnauld en parle aussi ([Next](https://next.ink/podcast/ecc-12-critiquer-le-technofascisme-et-la-technocritique-avec-irenee-regnauld/)). Aux États-Unis, le journaliste Gil Durán, auteur du livre *The Nerd Reich*, le dit cash : « *They're fascists* » (« Ce sont des fascistes ») ([Democracy Now!](https://democracynow.org/2026/8/17/gil_duran_nerd_reich)).

**Ce sont des fascistes.** Pas les gens qui bossent dans la tech, loin de là. Mais une partie de ceux qui la possèdent, la financent et la dirigent. Et le plus inquiétant, ce n'est pas qu'ils le soient. C'est que tous les autres les laissent faire.

## Le noyau dur

Musk et Thiel ne sont pas seuls. Autour d'eux, il y a un petit groupe d'investisseurs et de patrons qui ne subissent pas la bascule : ils la pensent, la financent et l'outillent.

**Curtis Yarvin, l'idéologue.** C'est le blogueur dont Thiel a financé les entreprises (la start-up Tlön, qui développe Urbit). Lui ne prend même pas la peine de maquiller. En janvier 2025, dans un entretien au *New York Times*, il défend l'idée d'un pays dirigé par un « CEO », que le journaliste qualifie de « *friendlier term for a dictator* » (« terme plus aimable pour dire dictateur »). Yarvin, lui, assume : Washington, Lincoln ou Roosevelt, qu'on les appelle « dictateurs » ou non, étaient selon lui « *basically national C.E.O.s* » (« en gros, des PDG nationaux »), et l'Amérique doit surmonter sa « *dictator-phobia* » (« phobie du dictateur ») ([New York Times](https://www.nytimes.com/2025/01/18/magazine/curtis-yarvin-interview.html)). Il a aussi imaginé un plan au nom explicite : RAGE, pour « *Retire All Government Employees* » (« mettre à la retraite tous les fonctionnaires »). Vous avez vu le DOGE d'Elon Musk vider les administrations américaines en 2025 ? Yarvin en défendait l'idée plus de dix ans avant ([CNN](https://edition.cnn.com/2025/05/30/politics/curtis-yarvin-wants-to-replace-american-democracy-with-a-form-of-monarchy-led-by-a-ceo)). Et J.D. Vance, dès 2021 dans un podcast, citait Yarvin ([CNN](https://edition.cnn.com/2025/05/30/politics/curtis-yarvin-wants-to-replace-american-democracy-with-a-form-of-monarchy-led-by-a-ceo)) et proposait de virer « *every single midlevel bureaucrat* » (« chaque bureaucrate de rang intermédiaire ») pour les remplacer par « *our people* » (« nos gens ») ([The New Republic](https://newrepublic.com/article/183971/jd-vance-weird-terrifying-techno-authoritarian-ideas)).

**Marc Andreessen, le prédicateur.** Andreessen, c'est le créateur de Netscape, devenu l'un des investisseurs les plus puissants de la Silicon Valley avec son fonds a16z. Son « manifeste techno-optimiste » de 2023 célèbre « *ambition, aggression, persistence, relentlessness – strength* » (« l'ambition, l'agressivité, la persévérance, l'acharnement, la force ») et proclame « *We are the apex predator* » (« Nous sommes le superprédateur »). Il y dresse surtout une liste d'« ennemis ». On y trouve l'éthique de la tech, le développement durable, et le « *trust and safety* », c'est-à-dire les équipes qui modèrent les contenus et protègent les utilisateurs contre le harcèlement et les abus ([a16z](https://a16z.com/the-techno-optimist-manifesto/)). En mai 2025, dans un groupe WhatsApp utilisé par des responsables de l'administration Trump, dont les captures ont été révélées par le *Washington Post*, il écrit que « *the combination of DEI and immigration is politically lethal* » (« la combinaison des politiques de diversité et de l'immigration est politiquement mortelle »). Il présente les deux comme des formes de « discrimination » qui écarteraient les enfants des électeurs de Trump des universités et des grandes entreprises. Dans le même groupe, il souhaite à l'agence fédérale qui finance la recherche, la NSF, « *the bureaucratic death penalty* » (« la peine de mort bureaucratique »). Il a ensuite supprimé une bonne partie de ces messages ([Washington Post](https://www.washingtonpost.com/technology/2025/07/12/marc-andreessen-private-chat-universities-diversity/), [Fortune](https://www.fortune.com/2025/07/16/marc-andreessen-leaked-messages-dei-stanford-university-mit)). L'immigration vue comme une discrimination contre « les nôtres » : on est en plein dans le groupe victime de Paxton.

**Alex Karp, le vendeur d'armes.** Le patron de Palantir, l'entreprise de Thiel, assume la violence comme argument commercial. En février 2025, devant ses investisseurs, il explique que Palantir est là, « *when it's necessary, to scare enemies and on occasion kill them* » (« quand c'est nécessaire, pour faire peur aux ennemis et, à l'occasion, les tuer »). Et quand la discussion porte sur les purges du DOGE dans l'administration : « *Some people are going to get their heads cut off* » (« Certains vont se faire couper la tête ») ([Gizmodo](https://gizmodo.com/palantirs-billionaire-ceo-just-cant-stop-talking-about-killing-people-2000560597)). Deux mois plus tard, Palantir signait le contrat ImmigrationOS avec la police de l'immigration.

**Et les autres.** La liste est longue, alors je vous fais la version courte :

- **Garry Tan**, le patron de Y Combinator, l'incubateur de startups le plus célèbre du monde, termine en janvier 2024 un post visant sept élus de San Francisco par « *Die slow motherf\*\*\*ers* » (« Crevez lentement, enf… »). Il l'a effacé et s'est excusé ([TechCrunch](https://techcrunch.com/2024/01/28/y-combinator-president-garry-tan-publishes-a-menacing-tweet-before-deleting-it-apologizing-die-slow-motherfckers/)). Au moins cinq de ces élus ont ensuite reçu des lettres de menace reprenant son message ([TechCrunch](https://techcrunch.com/2024/01/31/san-francisco-supervisors-threats-yc-garry-tans-tweet), [Mission Local](https://missionlocal.org/2024/01/two-more-sf-supervisors-get-death-threats-referencing-y-combinator-ceos-posts/)).
- **Shaun Maguire**, associé chez Sequoia, l'un des fonds les plus prestigieux de la Silicon Valley, écrit en juillet 2025 que Zohran Mamdani, candidat musulman à la mairie de New York, « *comes from a culture that lies about everything* » (« vient d'une culture qui ment sur tout ») ([The National](https://www.thenationalnews.com/business/2025/07/08/shaun-walker-zohran-mamdani-sequoia/), [CNBC](https://www.nbcchicago.com/news/business/money-report/tech-founders-call-on-sequoia-capital-to-denounce-vc-shaun-maguires-mamdani-comments/3784238/)). C'est de l'islamophobie pure et simple : plus de 500 fondateurs de startups y ont vu des « *dangerous anti-Muslim stereotypes* » (« stéréotypes antimusulmans dangereux »).
- **Joe Lonsdale**, cofondateur de Palantir, propose début décembre 2025 que les personnes condamnées trois fois pour crimes violents soient pendues en public plutôt qu'emprisonnées à vie. « *If I'm in charge later, we won't just have a three strikes law* » (« Si c'est moi qui dirige plus tard, on ne se contentera pas d'une loi des trois récidives »), écrit-il, avant d'ajouter qu'« *it's time to bring back masculine leadership to protect our most vulnerable* » (« il est temps de ramener un leadership masculin pour protéger nos plus vulnérables ») ([Newsweek](https://newsweek.com/billionaire-wants-to-bring-back-public-executions-11174343)).
- **David Sacks**, coauteur avec Thiel en 1995 de *The Diversity Myth*, un livre contre le multiculturalisme à Stanford ([Independent Institute](https://independent.org/store/book.asp?f=hc&id=38)), a organisé chez lui en juin 2024 un dîner de levée de fonds qui devait rapporter 12 millions de dollars à Trump ([CNBC](https://nbcconnecticut.com/news/business/money-report/trump-heads-to-tech-fundraiser-in-san-francisco-with-some-guests-paying-300000/3307951)). Il a ensuite été le « monsieur IA et crypto » de la Maison-Blanche ([ABC News](https://abc7.com/trump-announces-new-role-administration-names-paypal-founder-white-house-ai-crypto-czar/15625610/)), avant de devenir en mars 2026 coprésident du conseil scientifique et technologique du président ([The Hill](https://thehill.com/policy/technology/5803943-david-sacks-ai-cryptocurrency-trump-administration/)).
Ces gens ne sont pas des trolls anonymes. Ils financent les startups que nous utilisons, siègent aux conseils d'administration des boîtes où nous travaillons, et conseillent désormais le gouvernement de la première puissance mondiale.

## Ceux qui plient

Maintenant, la partie qui me fait le plus peur.

Zuckerberg, Bezos, Tim Cook, Sundar Pichai, Sam Altman. Eux, on ne les a pas entendus prôner la remigration. Je n'ai trouvé aucun propos raciste de leur part. Et pourtant, ils ont suivi. Ils ont payé. Ils ont obéi.

Je vous rappelle ce que dit Paxton : le fascisme n'a jamais pris le pouvoir seul. En Italie en 1922, en Allemagne en 1933, ce sont des élites conservatrices qui lui ont ouvert la porte. Souvent, elles méprisaient ces gens-là. Mais elles pensaient pouvoir s'en servir, ou au moins s'en accommoder. Les patrons de la Big Tech jouent aujourd'hui exactement ce rôle.

**Ils ont payé.** Entre décembre 2024 et janvier 2025, Meta, Amazon, Google, Microsoft, Sam Altman et Tim Cook ont chacun annoncé un don d'un million de dollars pour la cérémonie d'investiture de Trump ([Bloomberg](https://www.bloomberg.com/news/articles/2025-01-09/microsoft-google-donate-1-million-to-trump-s-inaugural-fund), [NBC News](https://www.nbcnews.com/politics/trump-administration/major-corporate-interests-megadonors-gave-239-million-fund-trumps-inau-rcna202074)). Ensuite, Meta et YouTube ont réglé des procès que Trump leur avait intentés après la suspension de ses comptes en 2021. Des procès que, selon les juristes cités par l'AP, Trump avait peu de chances de gagner ([AP](https://www.wcax.com/2025/09/29/googles-youtube-pay-245-million-settle-2021-lawsuit-by-trump-over-account-suspension/)). Meta a payé 25 millions de dollars, dont 22 pour la future bibliothèque présidentielle de Trump ([ABC News](https://abc7.com/post/meta-agrees-pay-25-million-settle-lawsuit-president-donald-trump/15847339/)). YouTube a payé 24,5 millions, dont 22 versés à une fondation qui finance… la nouvelle salle de bal de la Maison-Blanche ([Al Jazeera](https://www.aljazeera.com/economy/2025/9/30/youtube-to-pay-24-5m-to-settle-lawsuit-over-trumps-account-suspension)).

**Ils ont fait des cadeaux.** Le 6 août 2025, dans le Bureau ovale, Tim Cook a offert à Trump une plaque de verre gravée posée sur un socle en or 24 carats. Le même jour, Trump annonçait une taxe de 100 % sur les puces importées, dont Apple serait de fait exemptée grâce à ses promesses d'investissement aux États-Unis ([Fortune](https://fortune.com/2025/08/07/apple-trump-tim-cook-100-billion-manufacturing-gift-plaque-gold)). Un patron qui offre de l'or au chef pour être épargné : je ne sais pas comment l'appeler autrement qu'un tribut.

**Ils ont obéi.** Le 2 octobre 2025, Apple a retiré de l'App Store ICEBlock, une application qui permettait de signaler la présence de la police de l'immigration. Et ce n'est pas moi qui fais le lien : c'est la ministre de la Justice américaine, Pam Bondi, elle-même qui s'en est vantée. « *We reached out to Apple today demanding they remove the ICEBlock app from their App Store — and Apple did so* » (« Nous avons contacté Apple aujourd'hui pour exiger qu'ils retirent l'application ICEBlock de l'App Store, et Apple l'a fait ») ([CBS News](https://www.cbsnews.com/miami/news/apple-removes-iceblock-ice-tracker-from-app-store/)).

**Ils ont lâché les garde-fous.** En février 2025, Google a retiré de ses principes sur l'IA sa promesse de ne pas développer d'armes ni d'outils de surveillance ([CNBC via NBC Washington](https://www.nbcwashington.com/news/business/money-report/google-removes-pledge-to-not-use-ai-for-weapons-surveillance/3836271/)). En juin 2025, OpenAI décrochait un contrat de 200 millions de dollars avec le Pentagone ([CNBC](https://www.nbcwashington.com/news/business/money-report/open-ai-us-defense-contract/3937890/)).

**Ils ont tenu la presse.** En février 2025, Jeff Bezos a imposé une nouvelle ligne à la rubrique Opinion du *Washington Post*, le journal qu'il possède : désormais, elle défendra « chaque jour » les « *personal liberties and free markets* » (« libertés individuelles et libre marché »), et les points de vue opposés seront « laissés à d'autres ». Le responsable de la rubrique a démissionné ([NPR](https://www.npr.org/2025/02/26/nx-s1-5309725/jeff-bezos-washington-post-opinion-section), [FAIR](https://fair.org/home/to-cozy-up-to-trump-bezos-banishes-dissent-from-wapo)). Un an plus tard, il supprimait un tiers des effectifs du journal ([NPR](https://www.npr.org/2026/02/04/nx-s1-5699328/washington-post-layoffs-jobs-bezos)). De son côté, la famille de Larry Ellison, le fondateur d'Oracle et soutien déclaré de Trump, a pris le contrôle de CBS (via Skydance, dirigée par son fils David et financée par lui), puis y a nommé comme rédactrice en chef Bari Weiss, figure de la croisade anti-« woke » ([NPR](https://www.npr.org/2025/10/06/nx-s1-5561116/bari-weiss-cbs-skydance-free-press)). Le même Ellison qui expliquait en 2024 devant ses analystes : « *Citizens will be on their best behavior, because we're constantly recording and reporting everything that's going on* » (« Les citoyens se tiendront bien, parce que nous enregistrons et signalons en permanence tout ce qui se passe ») ([Business Insider](https://www.businessinsider.com/larry-ellison-ai-surveillance-keep-citizens-on-their-best-behavior-2024-9), [Straight Arrow News](https://san.com/cc/oracles-larry-ellison-sees-ai-supervision-keeping-citizens-on-best-behavior/)).

Et puis il y a Mark Zuckerberg. Lui, il n'a pas seulement plié : il a réécrit les règles. Le 7 janvier 2025, Meta a mis fin à la vérification des faits aux États-Unis ([CNN](https://www.cnn.com/2025/01/07/tech/meta-censorship-moderation)) et modifié sa politique sur les discours haineux. Depuis, sur Facebook et Instagram, il est explicitement autorisé d'accuser les personnes LGBT de « maladie mentale » ([Meta](https://transparency.meta.com/en-us/policies/community-standards/hateful-conduct/)). Trois jours plus tard, il supprimait les programmes de diversité de l'entreprise, puis allait expliquer chez le podcasteur Joe Rogan que les entreprises manquaient de « *masculine energy* » (« énergie masculine ») ([Fortune](https://www.fortune.com/2025/01/13/zuckerberg-says-companies-need-more-masculine-energy)). J'y reviendrai.

On me dira : ce ne sont pas des fascistes, ce sont des opportunistes qui protègent leur business. Peut-être. Mais c'est exactement le problème. **Les industriels allemands de 1933 n'étaient pas tous nazis non plus.** Ils ont juste fait le calcul que c'était bon pour les affaires. Et c'est leur calcul qui a rendu le reste possible.

## Le fascisme dans le code

Jusqu'ici, je vous ai surtout parlé de mots. Des tweets, des billets, des manifestes. Mais la vraie différence avec les années 1930, c'est que ces gens-là ne possèdent pas que des journaux. Ils possèdent les tuyaux. Les plateformes où l'on s'informe, les algorithmes qui décident de ce qu'on voit, les bases de données des États. Et la haine, ils l'ont fait passer des mots au code.

**X, machine à amplifier.** Dès son rachat de Twitter, en novembre 2022, Musk a organisé un sondage puis annoncé une « amnistie générale » pour les comptes bannis : « *Vox Populi, Vox Dei* » (« la voix du peuple est la voix de Dieu ») ([Al Jazeera](https://www.aljazeera.com/economy/2022/11/24/musk-twitter-to-provide-general-amnesty-to-suspended-accounts), [AP via NPR](https://www.npr.org/2022/11/25/1139197362/elon-musk-says-he-will-grant-amnesty-to-suspended-twitter-accounts)). Résultat mesuré par des chercheurs de Berkeley : environ 50 % de messages haineux explicites en plus pendant au moins huit mois ([The Conversation](https://theconversation.com/hate-speech-on-x-surged-for-at-least-8-months-after-elon-musk-takeover-new-research-249603)). Et ce n'est pas qu'une question de modération. En février 2025, juste avant les élections allemandes, l'ONG Global Witness a créé des comptes neufs, sans aucune préférence politique : ils suivaient à égalité les quatre grands partis. Sur X, 64 % des contenus politiques qu'on leur recommandait, hors comptes suivis, soutenaient l'AfD, le parti d'extrême droite ([Global Witness](https://globalwitness.org/en/press-releases/x-and-tiktok-algorithms-push-pro-afd-content-to-non-partisan-german-users-new-analysis), [TechCrunch](https://techcrunch.com/2025/02/19/study-of-tiktok-x-for-you-feeds-in-germany-finds-far-right-political-bias-ahead-of-federal-elections/)). Voilà où était ma meute de l'autre soir : dans l'algorithme.

**Grok, l'IA qui dérape toujours du même côté.** En mai 2025, Grok, l'IA d'Elon Musk, s'est mise à parler d'un « génocide blanc » en Afrique du Sud dans des réponses qui n'avaient rien à voir. xAI a parlé d'une « modification non autorisée » ([AP via KSAT](https://www.ksat.com/business/2025/05/16/elon-musks-ai-company-says-grok-chatbot-focus-on-south-africas-racial-politics-was-unauthorized/)). En juillet 2025, quatre jours après que Musk a annoncé l'avoir « améliorée », Grok faisait l'éloge d'Hitler et se surnommait elle-même « MechaHitler ». xAI s'est excusée pour un comportement « *horrific* » (« horrible ») et a accusé un bout de code ([TechCrunch](https://techcrunch.com/2025/07/12/xai-and-grok-apologize-for-horrific-behavior)). Deux « accidents », et les deux vont exactement dans le sens des obsessions de son propriétaire. Puis Musk a lancé Grokipedia, son concurrent de Wikipédia. Une étude de chercheurs de Cornell Tech, encore en prépublication, y a compté 42 citations du site néonazi Stormfront, quand Wikipédia n'en a aucune ([arXiv](https://arxiv.org/abs/2511.09685v1)).

**Meta, la discrimination écrite noir sur blanc.** Je vous l'ai dit : depuis janvier 2025, les règles de Facebook et Instagram autorisent d'accuser les personnes LGBT de « maladie mentale ». Ce n'est pas une dérive de la modération. C'est écrit dans le règlement, en toutes lettres, et uniquement pour elles ([Meta](https://transparency.meta.com/en-us/policies/community-standards/hateful-conduct/)). Les insultes racistes, elles, restent interdites. Le choix de qui on cesse de protéger est délibéré.

**Palantir et le DOGE, l'État transformé en fichier.** Le contrat ImmigrationOS dont je vous parlais n'est pas un détail. Il sert à repérer, arrêter et suivre les personnes à expulser. Et il s'inscrit dans un ensemble. En 2025, la police de l'immigration a demandé au fisc américain les adresses d'environ 1,3 million de contribuables. Début août, le fisc lui en avait déjà transmis près de 47 000, avant qu'une juge fédérale ne bloque le dispositif en novembre 2025 ([CNN](https://www.cnn.com/2025/11/21/politics/irs-ice-data-sharing-ruling), [NBC News](https://www.nbcnews.com/politics/immigration/judge-issues-order-blocking-irs-sharing-taxpayer-information-ice-rcna245262), [FedScoop](https://fedscoop.com/judge-rules-against-irs-sharing-taxpayer-addresses-with-ice/)). Au DOGE, l'équipe de Musk qui a fouillé les données des administrations, on trouvait Marko Elez, 25 ans. Le *Wall Street Journal* a révélé ses anciens posts : « *I was racist before it was cool* » (« J'étais raciste avant que ce soit à la mode ») et « *Normalize Indian hate* » (« Normalisez la haine des Indiens »). Il a démissionné. Musk a organisé un sondage sur X, puis a annoncé son retour (« *He will be brought back* », « Il sera réintégré »), avec le soutien public de J.D. Vance ([Fortune](https://fortune.com/2025/02/07/elon-musk-marko-elez-doge-x-poll-racist-posts/), [AP via News4Jax](https://www.news4jax.com/news/politics/2025/02/07/vance-says-the-doge-staffer-who-resigned-after-a-report-of-racist-postings-should-be-brought-back/)).

Prenez une seconde pour mesurer ça. Un type qui revendique son racisme, dont on annonce le retour aux commandes des données des citoyens américains, avec la bénédiction du vice-président. **Quand le fascisme a accès aux bases de données, ce n'est plus une opinion. C'est une infrastructure.**

## L'énergie masculine

Il y a un aspect de cette bascule dont on parle trop peu, alors que les historiens le placent au cœur du fascisme : la virilité.

Umberto Eco en faisait un des signes du « fascisme éternel » : le machisme, le mépris des femmes, la haine des sexualités « non conformes ». L'historien allemand Klaus Theweleit a montré, en étudiant les écrits des soldats qui ont formé les premières troupes nazies, que leur identité d'hommes s'était construite dans la peur et la haine des femmes. Et la chercheuse américaine Cynthia Miller-Idriss, dans *Man Up*, paru en 2025, montre que la misogynie et les violences faites aux femmes sont parmi les signes avant-coureurs les plus fiables du soutien à la violence de masse et ciblée ([Cornell](https://as.cornell.edu/news/leading-scholar-extremism-give-university-lecture), [Ms. Magazine](https://msmagazine.com/2025/12/05/gender-extremism-man-up-cynthia-miller-idriss-masculinity/)).

Bref : la haine des femmes n'est pas un à-côté du fascisme. C'est une de ses portes d'entrée.

Maintenant, regardez la tech.

**Meta, en quatre jours.** Le 6 janvier 2025, Mark Zuckerberg fait entrer au conseil d'administration de Meta Dana White, le patron de l'UFC, la grande ligue de combat libre, et un soutien affiché de Trump ([NPR](https://www.npr.org/2025/01/06/nx-s1-5250310/meta-dana-white-ufc)). Le 7 janvier, les nouvelles règles de Meta autorisent les messages qui veulent exclure les femmes de l'armée, de la police ou de l'enseignement. Elles suppriment aussi l'interdiction de comparer les femmes à des « objets ménagers » ([CNN](https://edition.cnn.com/2025/01/07/tech/meta-hateful-conduct-policy-update-fact-check)). Le 10 janvier, Meta met fin à ses programmes de diversité. Le même jour, chez Joe Rogan, Zuckerberg explique : « *Masculine energy I think is good* […] *corporate culture was really trying to get away from it* » (« L'énergie masculine, je pense que c'est bien […] la culture d'entreprise essayait vraiment de s'en éloigner »). Les entreprises seraient devenues « *culturally neutered* » (« culturellement castrées ») ([Fortune](https://www.fortune.com/2025/01/13/zuckerberg-says-companies-need-more-masculine-energy)). Petit rappel : les hommes dirigent environ 89 % des 500 plus grandes entreprises américaines ([Fortune](https://fortune.com/2025/01/14/mark-zuckerberg-says-corporate-america-needs-more-masculine-energy-even-though-men-run-89-of-fortune-500-companies)). Castrées, donc.

**Thiel et le vote des femmes.** Dans le fameux texte de 2009 où il ne croit plus que liberté et démocratie soient compatibles, Peter Thiel écrit aussi que l'extension du droit de vote aux femmes, avec la hausse des bénéficiaires d'aides sociales, a fait de la « démocratie capitaliste » un « oxymore », une contradiction dans les termes ([Cato Unbound](https://www.cato-unbound.org/2009/04/13/peter-thiel/education-libertarian/)). Il a ensuite précisé qu'il ne voulait pas retirer le droit de vote aux femmes. Mais il n'a jamais retiré la phrase.

**Le ventre des femmes comme enjeu de civilisation.** Elon Musk répète que la civilisation va « s'effondrer » faute de naissances. En avril 2025, le *Wall Street Journal* a enquêté sur sa volonté de constituer une « *legion* » (« légion ») d'enfants : au moins 14, avec au moins quatre femmes ([Axios](https://www.axios.com/2025/04/17/elon-musk-babies-ashley-st-clair)). Quand Taylor Swift a soutenu Kamala Harris en septembre 2024, sa réponse a été : « *Fine Taylor… you win… I will give you a child and guard your cats with my life* » (« Très bien Taylor… tu as gagné… je te ferai un enfant et je garderai tes chats au péril de ma vie ») ([Fox 5 NY](https://www.fox5ny.com/news/elon-musk-taylor-swift-joke-kamala-harris-endorsement)). Une femme qui prend position politiquement, renvoyée à son utérus. J.D. Vance, lui, avait dénoncé en 2021 un pays dirigé par des « *childless cat ladies* » (« femmes à chats sans enfants ») ([Boston Globe](https://www.bostonglobe.com/2024/07/30/nation/trump-vance-comments-childless-cat-ladies)). Et en avril 2025, parmi les idées soumises à la Maison-Blanche pour relancer la natalité, figurait une « médaille nationale de la maternité » pour les mères de six enfants ou plus ([Boston Globe](https://www.bostonglobe.com/2025/04/21/nation/trump-administration-proposes-ideas-boost-birthrate)). Mussolini avait sa « bataille des naissances ». L'Allemagne nazie décorait les mères de familles nombreuses. On n'invente rien.

**Grok déshabille les femmes.** Fin décembre 2025, sur X, des utilisateurs ont commencé à demander à Grok, sous des photos de femmes réelles, de les « mettre en bikini » ou de leur « enlever leurs vêtements ». Et Grok l'a fait. Selon les estimations, entre 1,8 million (*New York Times*, images sexualisées de femmes, en neuf jours) et 3 millions (Center for Countering Digital Hate, en onze jours) d'images sexualisées ont été produites, dont environ 23 000 semblaient représenter des enfants ([AFP via CP24](https://www.cp24.com/news/world/2026/01/22/musks-grok-created-3-million-sexualized-images-research-says/), [CCDH](https://www.counterharm.com/research/grok-floods-x-with-sexualized-images/), [Heise](https://heise.de/-11150974)). Pendant quelques jours, X a même réservé la génération d'images de Grok sur le réseau à ses abonnés payants ([Next](https://next.ink/218194/face-aux-menaces-de-suspension-grok-restreint-la-generation-dimages-aux-comptes-payants/)). Déshabiller des femmes sans leur consentement est devenu, littéralement, une option payante. Interrogée par l'AFP, xAI a répondu par un message automatique : « *Legacy Media Lies* » (« Les médias traditionnels mentent »).

**Les algorithmes recrutent nos gamins.** En 2024, des chercheuses de la Dublin City University ont créé des comptes neufs sur TikTok et YouTube Shorts. Tous les profils de garçons ont reçu du contenu masculiniste en moins de 23 minutes, qu'ils aient cherché ce type de contenu ou des sujets anodins. Au bout de deux à trois heures, plus des trois quarts de ce qu'on leur montrait était toxique ([DCU](https://www.dcu.ie/instituteofeducation/news/2024/apr/new-research-shows-how-tiktok-and-youtube-shorts-are-bombarding)). Et quand Musk a racheté Twitter, une de ses premières décisions a été de réactiver, en novembre 2022, le compte d'Andrew Tate, l'influenceur masculiniste banni de la plateforme depuis 2017 ([Semafor](https://www.semafor.com/article/11/22/2022/list-of-twitter-accounts-reinstated-under-elon-musk)). Tate est aujourd'hui détenu à Miami avec son frère Tristan. La justice britannique réclame leur extradition pour un total de 59 chefs d'accusation, dont des viols et de la traite à des fins d'exploitation sexuelle ([NPR](https://www.npr.org/2026/07/18/g-s1-134475/tate-brothers-arrested-miami), [NPR](https://www.npr.org/2026/09/09/nx-s1-5954174/andrew-tate-bail-extradition-jail)). Ils nient tout.

En France, on a fini par nommer la menace. En juillet 2025, le parquet antiterroriste a ouvert son premier dossier contre un jeune homme se réclamant exclusivement des « incels », ces hommes qui se disent « célibataires involontaires » et vouent les femmes à la haine. Il avait été arrêté près d'un lycée de Saint-Étienne avec deux couteaux ([The Local / AFP](https://www.thelocal.fr/20250702/teen-plotting-attacks-on-women-charged-in-frances-first-incel-case)). En janvier 2026, le Haut Conseil à l'égalité a qualifié le masculinisme de « menace à l'ordre public et enjeu de sécurité nationale » ([HCE](https://www.haut-conseil-egalite.gouv.fr/sites/hce/files/2026-01/CP%20RapportSexisme2026.pdf)). Et en juin 2026, un rapport du Sénat, signé par des sénatrices de droite, du centre et de gauche, parle d'« un risque réel pour notre démocratie ». Il cite la DGSI, qui observe une « forte connectivité » entre masculinistes et ultradroite ([Sénat](https://www.senat.fr/rap/r25-776-1/r25-776-1-syn.pdf)).

Ce rapport a un angle mort. Il parle des influenceurs, des adolescents, des « réseaux technologiques ». Mais il ne nomme ni Musk ni Zuckerberg. Or la bascule ne vient pas seulement d'en bas. **Elle vient aussi de ceux qui écrivent les règles de modération et règlent les algorithmes.**

## Et chez nous ?

On pourrait se rassurer en se disant que tout ça, c'est l'Amérique. Que la France a ses lois, son modèle, ses garde-fous. Mauvaise nouvelle : la méthode a déjà traversé l'Atlantique.

**Stérin, le business plan de l'extrême droite.** Pierre-Édouard Stérin a fait fortune avec Smartbox, puis comme investisseur avec son fonds Otium Capital. En juillet 2024, *L'Humanité* révélait son plan « Périclès » ([franceinfo](https://www.franceinfo.fr/politique/front-national/plan-pericles-ce-que-l-on-sait-du-projet-du-milliardaire-catholique-pierre-edouard-sterin-pour-promouvoir-des-valeurs-conservatrices-et-faire-gagner-la-droite-aux-elections_6677268.html)). L'acronyme dit tout : « Patriotes, Enracinés, Résistants, Identitaires, Chrétiens, Libéraux, Européens, Souverainistes ». Le budget : 150 millions d'euros sur dix ans. Les ennemis désignés : « socialisme, wokisme, islamisme, immigration ». Et des objectifs chiffrés comme dans un pitch deck de startup : « 300 villes à gagner absolument » aux municipales de 2026, une « réserve de 1 000 personnes » à placer dans les cabinets et la haute administration en vue de la présidentielle de 2027. Le document revendique une « relation de confiance » avec Jordan Bardella et Marine Le Pen.

Le plus savoureux, c'est la suite. Un an après les révélations, Stérin a logé une grande partie de sa fortune dans une holding baptisée « Lemahieu Holding ». Lemahieu, c'est le nom du journaliste de *L'Humanité* qui avait sorti l'affaire ([Observatoire des multinationales](https://multinationales.org/fr/en-bref/actualites/pierre-edouard-sterin-restructure-son-empire-et-cible-au-passage-le-journaliste), [AFP via La Libre](https://www.lalibre.be/economie/entreprises-startup/2025/09/12/lhumanite-accuse-le-milliardaire-sterin-davoir-baptise-sa-holding-du-nom-dun-de-ses-journalistes-HEH7M5Y34FH75A7COMPBTCQMHA/)). Et en juin 2026, convoqué au Sénat après avoir refusé deux fois de répondre à l'Assemblée nationale, il a expliqué sans rire : « Périclès, ce n'est pas un projet politique, c'est un projet métapolitique ». Il s'y est aussi présenté comme « exilé fiscal ». La rapporteure y a vu une façon de « faire de la politique derrière un paravent philanthropique » ([Public Sénat](https://www.publicsenat.fr/actualites/parlementaire/audition-de-pierre-edouard-sterin-nous-navons-pas-obtenu-de-reponses-sur-la-transparence-de-ses-financements-constate-la-rapporteure-du-senat)). Un milliardaire installé en Belgique pour ne pas payer ses impôts en France, qui finance la conquête du pouvoir par l'extrême droite en France. C'est Thiel, avec l'accent de chez nous.

**Palantir, au cœur de notre renseignement.** Depuis 2016, la DGSI, notre renseignement intérieur, utilise les logiciels de Palantir, l'entreprise de Peter Thiel. Le contrat a encore été renouvelé en décembre 2025, pour trois ans ([Next](https://next.ink/214734/la-dgsi-renouvelle-encore-son-contrat-avec-palantir/)). En juin 2026, le Premier ministre Sébastien Lecornu a annoncé que la DGSI allait abandonner Palantir au profit de la française ChapsVision, sans calendrier précis ([Euronews](https://de.euronews.com/business/2026/06/16/dgsi-ersetzt-palantir-durch-franzosisches-unternehmen-kundigt-sebastien-lecornu-an), [Boursorama](https://www.boursorama.com/actualite-economique/actualites-amp/renseignement-et-ia-la-dgsi-rompt-son-contrat-avec-palantir-pour-la-pepite-francaise-chapsvision-annonce-lecornu-7583de129850845ce761f45299781e10)). Tant mieux. Mais pendant dix ans, notre renseignement intérieur a fonctionné avec les outils d'un homme qui ne croit plus à la démocratie.

**Musk et Vance, en campagne chez nous.** Le 31 mars 2025, quand Marine Le Pen a été condamnée pour détournement de fonds publics, Musk a dénoncé un abus de la justice par la « gauche radicale », puis, quelques jours plus tard, a relayé un message de Trump en ajoutant « *Free Le Pen!* » (« Libérez Le Pen ! ») ([Euronews](https://www.euronews.com/my-europe/2025/03/31/marine-le-pen-denounces-a-disastrous-day-for-democracy), [To Vima](https://www.tovima.com/world/trump-and-musk-post-free-le-pen-after-election-ban/)). En Allemagne, il a signé fin décembre 2024 dans *Welt am Sonntag* une tribune présentant l'AfD comme la « dernière étincelle d'espoir » du pays. La responsable des pages Opinion du journal a démissionné ([ORF](https://orf.at/stories/3380195/)). Et le 14 février 2025, à Munich, J.D. Vance expliquait aux Européens qu'il n'y avait « *nothing more urgent than mass migration* » (« rien de plus urgent que l'immigration de masse »), et qu'il fallait arrêter de tenir l'extrême droite à l'écart ([JTA](https://www.jta.org/2025/02/14/global/jd-vance-tells-german-leaders-to-abandon-their-firewall-against-the-far-right)).

Vous remarquerez que c'est exactement la phrase de DHH. Au mot près, ou presque.

## Notre monde à nous

Et c'est là que ça me touche le plus. Parce que DHH, ce n'est pas un milliardaire lointain. C'est quelqu'un de notre monde. Un développeur. Un mec qui a écrit le code que des milliers d'entre nous ont fait tourner en production, qui a donné des conférences que nous avons applaudies, dont nous avons partagé les billets de blog sur la productivité, le télétravail ou le refus de lever des fonds.

Sa dérive ne date pas d'hier. En avril 2021, avec son associé Jason Fried, il interdisait les discussions « sociétales et politiques » sur les outils internes de Basecamp, leur entreprise. Environ un tiers des salariés sont partis dans la foulée ([TechCrunch](https://techcrunch.com/2021/04/30/basecamp-employees-quit-ceo-letter/amp), [Fortune](https://fortune.com/2021/04/30/basecamp-employee-exodus-political-talk-ban)). En juin 2025, il s'en prenait aux groupes de discussion sur le genre et la sexualité et aux activités de la semaine des fiertés dans les classes de primaire de l'école internationale de Copenhague ([son blog](https://world.hey.com/dhh/gender-and-sexuality-alliances-in-primary-school-at-cis-97f66c06)). En septembre 2025, il y avait le billet sur Londres et ses « Britanniques de souche ».

Et en 2026, il a franchi encore un cap. J'ai lu ses billets. Voici ce qu'il écrit, mot pour mot.

Le 17 juin 2026, dans « *The Rape of Britain* » (« Le viol de la Grande-Bretagne »), il fait la promotion de *The Rape Gang Inquiry*, un rapport publié par Rupert Lowe, député et chef du parti d'extrême droite britannique Restore Britain ([Al Jazeera](https://www.aljazeera.com/amp/news/2026/6/3/does-uks-new-far-right-party-restore-pose-a-threat-to-farages-reform)), et co-auteur d'un document de 113 pages intitulé « *Mass Deportations* » (« Expulsions de masse ») ([New Statesman](https://www.newstatesman.com/politics/uk-politics/2025/10/rupert-lowe-thanks-jenrick-staffer-in-mass-deportation-policy-paper)). Il y décrit des crimes commis par des « *predominantly Pakistani Muslims against mostly White British girls* » (« majoritairement des musulmans pakistanais contre des filles majoritairement blanches et britanniques ») ([son blog](https://world.hey.com/dhh/the-rape-of-britain-610412f8)). Les violences sexuelles en bande organisée au Royaume-Uni sont un vrai scandale, qui a donné lieu à une enquête nationale ([Al Jazeera](https://www.aljazeera.com/news/2025/6/14/uk-announces-national-inquiry-into-grooming-gangs-after-pressure)). Mais les présenter à travers la religion et la couleur de peau, en servant de relais au leader d'un parti qui veut expulser en masse, c'est exactement ce que fait l'extrême droite.

Le 16 juillet 2026, dans « *Three sacred cows that must die so Europe can live* » (« Trois vaches sacrées qui doivent mourir pour que l'Europe vive »), il écrit qu'on ne peut sauver ni la natalité, ni les retraites, ni l'économie du continent « *by importing millions of people from a culturally incompatible third world* » (« en important des millions de personnes d'un tiers-monde culturellement incompatible »). Puis : « *It's also that millions who are already in Europe must go. Remigration has gone from a fringe concept to the mainstream discourse in record time* […] » (« Il faut aussi que des millions de personnes déjà présentes en Europe s'en aillent. La remigration est passée d'un concept marginal au discours dominant en un temps record […] »). Et il conclut que les Européens peuvent « *rediscover their roots, their ancestry* […] » (« retrouver leurs racines, leurs ancêtres […] ») et canaliser leurs « *healthy national feelings toward a grand revival* » (« sains sentiments nationaux vers une grande renaissance ») ([son blog](https://world.hey.com/dhh/three-sacred-cows-that-must-die-so-europe-can-live-1afb203d)). Expulser des millions de gens, retrouver ses ancêtres, faire « renaître » la nation. Je vous ai parlé de la définition de Roger Griffin. DHH la récite.

Le 21 juillet 2026, dans « *Wolves, sheep, and gypsies* » (« Loups, moutons et gitans »), il met sur le même plan les loups qui attaquent les moutons au Danemark et des campements de ceux qu'il appelle « *gypsies* » et « *foreign vagrants* » (« vagabonds étrangers ») dans les espaces verts de Copenhague. « Gypsies », c'est le terme que beaucoup de Roms considèrent comme une insulte. Sa conclusion : « *When wolves get out of control, you shoot them. When gypsies take over public spaces, you deport them. This isn't hard, it isn't cruel* » (« Quand les loups deviennent incontrôlables, on les abat. Quand les gitans s'emparent de l'espace public, on les expulse. Ce n'est pas difficile, ce n'est pas cruel ») ([son blog](https://world.hey.com/dhh/wolves-sheep-and-gypsies-ba44af6a)). Mettre un peuple sur le même plan que des prédateurs qu'on abat. Les Roms. Je vous laisse chercher ce que l'histoire du XXᵉ siècle a fait des Roms d'Europe.

Et puis, le tweet du 18 octobre.

La bonne nouvelle, c'est que notre monde a réagi. En septembre 2025, environ 150 développeurs ont signé une lettre ouverte, baptisée « Plan Vert ». Ils y qualifient les positions de DHH de racistes et transphobes, et appellent à créer une version de Rails libérée de son influence, avec un vrai code de conduite ([la lettre sur GitHub](https://github.com/Plan-Vert/open-letter), [heise](https://www.heise.de/en/news/Rails-developers-fork-away-from-Heinemeier-Hansson-10671723.html)). Sa réponse, sur X : « *the same handful of hysterical individuals* » (« la même poignée d'individus hystériques »). « Hystériques ». On ne pouvait pas mieux boucler la boucle avec le chapitre précédent.

Au même moment, la communauté Ruby traversait une autre crise. En septembre 2025, Ruby Central, l'organisation qui gère RubyGems, le registre des paquets Ruby, a retiré leurs accès à des mainteneurs historiques. Ces derniers ont répondu en lançant gem.coop, un registre alternatif géré en coopérative ([The Register](https://www.theregister.com/2025/10/06/gem_cooperative)). Et en avril 2026, dans un rapport d'incident, Ruby Central reconnaissait : « ce sont nos erreurs, collectivement » ([The Register](https://www.theregister.com/2026/04/01/ruby_central_report/)). Les deux affaires ne sont pas les mêmes, mais elles disent la même chose : **un projet open source n'appartient pas à son fondateur.** Quand celui qui tient les clés dérive, la communauté peut reprendre le code et partir ailleurs. C'est même tout l'intérêt du logiciel libre.

Je ne vous dis pas de jeter Rails demain matin. Je vous dis que nos outils ne sont pas neutres. Derrière chaque framework, chaque service cloud, chaque outil d'IA qu'on choisit, il y a des gens, de l'argent et des idées. Et qu'on le veuille ou non, nos choix techniques financent quelqu'un.

## Résister, avec ce qui marche

Arrivé là, on a envie de tout envoyer balader. De se dire que c'est trop gros, que ces gens ont trop d'argent, que de toute façon on n'y peut rien. C'est exactement ce qu'ils veulent qu'on pense.

Alors regardons ce qui a déjà marché. Pas les grandes déclarations : les choses mesurées.

**Occuper le terrain, sans le nourrir.** Je vais être honnête : je suis toujours sur X. J'y ai environ 10 000 abonnés, et c'est là que j'ai répondu à DHH. Je ne vais pas vous faire la leçon en vous disant de tout quitter demain. Il y a un vrai débat, y compris chez les journalistes : partir, c'est priver des millions d'utilisateurs d'une information fiable sur une plateforme où prospèrent les contenus d'extrême droite ([IJNet](https://ijnet.org/en/story/dilexma-should-journalists-leave-x-or-stay)).

Et rester peut servir à quelque chose, c'est documenté. Dans une expérience publiée en 2017, le chercheur Kevin Munger a fait reprendre publiquement, sur Twitter, des utilisateurs qui employaient une insulte raciste. Quand le recadrage venait d'un compte présenté comme un homme blanc suivi par beaucoup de monde, ces utilisateurs ont nettement réduit leur usage de l'insulte dans les semaines suivantes. Autrement dit, le contre-discours porte surtout quand il vient de quelqu'un que les racistes considèrent comme « des leurs » ([Political Behavior, 2017](https://csmapnyu.org/research/academic-research/tweetment-effects-on-the-tweeted-experimentally-reducing-racist-harassment)). En Allemagne, des chercheurs ont étudié 131 366 conversations politiques sur Twitter entre 2015 et 2018. Quand un collectif citoyen, Reconquista Internet, s'est organisé pour répondre en masse aux campagnes de haine contre les immigrés, la part de discours haineux a reculé. Les auteurs restent prudents sur la cause, mais le résultat va dans le bon sens ([EPJ Data Science, 2022](https://epjdatascience.springeropen.com/articles/10.1140/epjds/s13688-021-00314-6)). Le contre-discours marche mieux quand il est organisé que quand on est seul.

Cette étude dit aussi quelque chose d'inconfortable. Si le recadrage porte surtout quand il vient d'un homme blanc, alors ce n'est pas aux personnes visées de faire ce travail. Les femmes, les personnes racisées, les personnes LGBT qui quittent X ont mille fois raison : elles y sont les cibles. Selon ONU Femmes, 70 % des militantes, journalistes et défenseuses des droits interrogées dans le monde ont subi des violences en ligne liées à leur travail ([ONU](https://turkiye.un.org/en/306847-seven-ten-women-human-rights-defenders-activists-and-journalists-report-online-violence)). Et X est classé dernier des grandes plateformes pour la sécurité des personnes LGBT ([GLAAD](https://glaad.org/meta-x-and-youtubes-scores-hit-new-lows-in-glaads-sixth-annual-lgbtq-social-media-safety-index/)). Moi, je suis un homme blanc de quarante ans, cadre dans la tech. Les racistes qui m'ont répondu l'autre soir m'ont insulté, mais ils ne m'ont pas pris pour cible à cause de ce que je suis. **Rester et répondre, c'est le minimum que peuvent faire ceux qui ont le moins à perdre.** Le confort de notre position, c'est justement ce qui nous oblige.

Rester, oui, mais sans nourrir la bête. Ne pas payer d'abonnement Premium. Ne pas y acheter de pub. Ne pas en faire son seul canal : avoir son blog, sa newsletter, un compte sur Bluesky ou Mastodon, pour que sa communauté puisse vous suivre le jour où il faudra partir. Et si vous partez, partez ensemble. Une étude encore en prépublication, menée sur environ 276 000 chercheurs, montre que les départs vers Bluesky se font par contagion : on part quand les gens qu'on suit partent, et ceux qui retrouvent vite leurs contacts restent actifs plus longtemps ([arXiv](https://arxiv.org/html/2505.24801v2)). Le 20 janvier 2025, jour de l'investiture de Trump, 87 associations et syndicats français ont quitté X ensemble ([communiqué d'Emmaüs France](https://emmaus-france.org/wp-content/uploads/2025/01/CP_Les-associations-quittent-X.pdf)), et l'outil HelloQuitteX, lancé par le chercheur du CNRS David Chavalarias, a aidé des milliers de personnes à retrouver leurs abonnements ailleurs ([AFP via eNCA](https://www.enca.com/lifestyle/numbers-using-quitx-service-swell-trump-inauguration)).

**Couper l'argent.** C'est le levier dont l'effet est le mieux mesuré. Quand les annonceurs ont fui X, son chiffre d'affaires au Royaume-Uni a chuté de 58 % en 2024, et les comptes de l'entreprise eux-mêmes l'expliquent par les inquiétudes des grandes marques sur leur image et la modération des contenus ([Fortune](https://fortune.com/2026/01/27/x-uk-twitter-financial-filings-revenue-decline-58-percent/)). Côté Tesla, les ventes ont reculé de 13 % au premier trimestre 2025 ([AP via Euronews](https://www.euronews.com/2025/04/02/tesla-sales-drop-13-in-first-quarter-as-musk-backlash-hurts-demand)), et l'entreprise a elle-même averti qu'un « changement du sentiment politique » pouvait peser sur la demande ([ABC News](https://abc7news.com/post/tesla-earnings-show-whether-anti-musk-backlash-damaged-bottom-line/16221666/)). Si votre boîte paie encore de la pub sur X, c'est une question à poser en réunion lundi.

**Utiliser le droit.** Nous avons en Europe des outils que les Américains n'ont pas. En juin 2024, l'association noyb a déposé des plaintes dans onze pays contre Meta, qui voulait entraîner son IA sur les données des Européens. Huit jours plus tard, Meta mettait le projet en pause ([noyb](https://noyb.eu/en/noyb-urges-11-dpas-immediately-stop-metas-abuse-personal-data-ai), [noyb](https://noyb.eu/en/preliminary-noyb-win-meta-stops-ai-plans-eu)). En décembre 2025, la Commission européenne infligeait à X la première amende du règlement européen sur les services numériques, le DSA : 120 millions d'euros ([Eucrim](https://eucrim.eu/news/eu-fines-x-120-million-in-first-dsa-non-compliance-decision/)). Et en France, la justice ne lâche rien : les locaux de X à Paris ont été perquisitionnés en février 2026, et une information judiciaire vise depuis mai 2026 Elon Musk et X, notamment pour les images générées par Grok ([Euronews](https://fr.euronews.com/next/2026/05/08/france-ouvre-une-enquete-penale-visant-elon-musk-sur-lia-de-x)). Signaler, porter plainte auprès de la CNIL ou soutenir les associations qui le font, c'est lent. Mais ça mord.

**Choisir sa stack.** Et là, on parle à nous, les développeurs, les tech leads, les CTO. Le 10 juin 2025, sous serment devant une commission d'enquête du Sénat, le directeur des affaires publiques et juridiques de Microsoft France a reconnu qu'il ne pouvait pas garantir que nos données ne seraient pas transmises aux autorités américaines ([compte rendu du Sénat](https://senat.fr/compte-rendu-commissions/20250609/ce_commande_publique.html)). Des institutions ont commencé à en tirer les conséquences. La ville de Lyon a annoncé quitter Microsoft Office ([The Register](https://www.theregister.com/2025/06/26/lyon_leaving_microsoft/)). La Cour pénale internationale, visée par des sanctions américaines, a décidé de remplacer Microsoft par openDesk, une suite bureautique européenne open source ([heise](https://heise.de/-10964189)). L'État français a annoncé en janvier 2026 la généralisation de sa propre solution de visioconférence, Visio, d'ici 2027, et prévoit de bloquer Teams, Zoom et Meet sur son réseau interministériel ([Siècle Digital](https://siecledigital.fr/2026/01/28/letat-dit-stop-a-teams-et-zoom-bienvenue-a-visio/), [Le Monde Informatique](https://www.lemondeinformatique.fr/actualites/lireamp-l-etat-generalise-visio-dans-tous-ses-services-99155.html)). Ce que des administrations font, nos boîtes peuvent le faire. Hébergement, analytics, outils de dev, IA : pour presque chaque brique, il existe une alternative qui ne finance pas Musk, Thiel ou leurs amis. Encore faut-il savoir qui est derrière quoi.

C'est pour ça que j'ai construit [Follow the Stack](https://yoanbernabeu.github.io/followthestack/). Collez-y votre stack, regardez qui elle finance, et décidez en connaissance de cause. Et si rien n'est documenté derrière vos outils, tant mieux : partagez-le aussi.

**S'organiser au boulot.** Les salariés de la tech qui ont protesté se sont souvent fait virer : Google a licencié 28 personnes après des sit-ins contre Nimbus, un contrat cloud avec le gouvernement israélien, en avril 2024 ([Al Jazeera](https://www.aljazeera.com/economy/2024/4/19/google-fires-28-staff-after-protests-against-cloud-contract-with-israel)). Mais quand la mobilisation interne est relayée par une enquête de presse, ça bouge : en septembre 2025, Microsoft a coupé une partie de ses services à l'unité de renseignement israélienne qui stockait des enregistrements d'appels de Palestiniens ([Al Jazeera](https://www.aljazeera.com/news/2025/9/26/why-has-microsoft-cut-israel-off-from-some-of-its-services)). En France, des syndicats existent dans notre secteur, comme Solidaires Informatique ou le STJV dans le jeu vidéo. Et depuis la loi Waserman du 21 mars 2022, les lanceurs d'alerte peuvent saisir directement une autorité compétente, le Défenseur des droits ou la justice, sans passer d'abord par leur employeur ([ministère du Travail – DREETS](https://normandie.dreets.gouv.fr/Le-lanceur-d-alerte-en-entreprise)). Si on vous demande de construire un outil de fichage, vous n'êtes pas seuls.

**Défendre nos communautés.** Les codes de conduite, ce n'est pas du « wokisme ». C'est ce qui permet à une femme, à une personne trans, à un développeur noir de contribuer à un projet sans se faire insulter. Les défendre, c'est défendre l'open source. Et quand le fondateur d'un projet dérive, on a le droit de forker. Plan Vert et gem.coop l'ont rappelé.

**Ne pas laisser passer.** Ça paraît bête, mais c'est peut-être le plus important. Quand un influenceur tech balance une saloperie raciste, répondre. Le citer. Le contredire publiquement. Oui, ça vous vaudra une soirée à bloquer des comptes. Mais le silence, c'est exactement ce dont ils ont besoin pour que la saloperie devienne normale.

## Ne pas obéir par avance

L'historien Timothy Snyder, qui a beaucoup étudié les régimes autoritaires du XXᵉ siècle, a résumé en une phrase la première leçon de cette histoire : « Ne pas obéir par avance ». La plupart du pouvoir de l'autoritarisme, explique-t-il, lui est donné gratuitement, par des gens qui anticipent ce qu'on va leur demander et s'y plient avant même qu'on le leur demande.

Relisez la partie sur ceux qui plient. Le chèque d'investiture. La plaque en or. L'application retirée. Le règlement réécrit. La rubrique Opinion mise au pas. Personne ne les y a obligés par la force. Ils ont obéi par avance.

Nous, on n'est pas milliardaires. On n'a pas de place à l'investiture. Mais on a nos choix. Les outils qu'on recommande à nos équipes. Les plateformes sur lesquelles on publie. Les boîtes pour lesquelles on accepte de bosser. Les causes qu'on finance avec nos abonnements. Et les tweets racistes qu'on laisse passer, ou pas.

L'autre soir, en bloquant compte après compte, je me suis posé une question : est-ce que ça sert à quelque chose de répondre ? Je crois que oui. Parce que la bascule dont je vous ai parlé dans ce billet n'a rien d'inévitable. Elle se fait parce que des gens puissants la financent, et parce que beaucoup d'autres regardent ailleurs.

**Ne regardons pas ailleurs.**

> **Et maintenant, regardez votre stack.** [Follow the Stack](https://yoanbernabeu.github.io/followthestack/) vous montre qui est derrière vos outils, et ce qu'ils ont dit ou fait, sources à l'appui. Rien ne quitte votre navigateur. Il vous manque un fait ? [Proposez-le](https://yoanbernabeu.github.io/followthestack/contribute/), avec une source sérieuse.
